Ludum, « cavistes » du jeu de société

Depuis septembre 2019, un panda roux facétieux prépare chaque trimestre des box surprises, pleines de jeux de société. Ludum sélectionne les dernières pépites ludiques pour vous transmettre l’amour du jeu.

Rien n’est plus impersonnel qu’une commande sur Internet. Vous voilà seul(e) devant votre écran : vous surfez, prenez le temps d’étudier l’offre disponible, sélectionnez vos produits. Hop, un clic, tout est dans le panier. Encore quelques étapes pour le règlement et vous n’aurez plus qu’à attendre que votre commande arrive chez vous. Pour peu qu’elle puisse être glissée dans votre boîte aux lettres, vous la récupérerez parfois sans avoir échangé avec qui que ce soit. Quand j’achète un jeu de société, ce n’est pas ce que je recherche : j’aime demander des conseils pour un achat et, même quand je sais déjà ce que je viens acheter, discuter avec mon ludicaire. J’aime savoir que mes achats aident à faire vivre les commerces de proximité tenus par des passionnés, particulièrement en ces moments compliqués pour eux. Cela ne signifie pas que je n’acquière pas de nouveaux jeux par le net mais je me tourne plutôt vers des sites associés à des boutiques physiques car ils sont l’extension de leur activité principale. Lorsque la vente se fait uniquement via un site, j’ai l’impression d’avoir affaire à une grosse machine qui vend des jeux comme des chaussettes ou des mixers et qui a souvent pour seul mérite d’afficher un gigantesque « marketplace ». Pourtant, cette vision est réductrice car sur le web se cachent aussi des passionnés qui veulent entreprendre sans sacrifier la relation avec la clientèle et en respectant la création française et ceux qui contribuent à son développement. Parmi ces entreprises, il y a Ludum, créé en juillet 2019, par deux amis, Fabien et Vincent, autour d’un concept, celui d’une box ludique. J’ai pu la découvrir grâce à un bon cadeau glissé sous le sapin à Noël dernier valable pour deux trimestres de leur box « Discovery » et j’ai été convaincue par ce que j’ai reçu au point de m’abonner ensuite. Intéressée par les jeux mais aussi par le secteur ludique en général, j’ai contacté les fondateurs de Ludum qui ont eu la gentillesse de répondre à mes questions.

La naissance d’une box

« Le projet est né d’une frustration devant l’ampleur des nouveautés : comment savoir à quoi jouer, comment faire des découvertes ? »

Lorsque Vincent et Fabien se rencontrent, il y a dix ans, dans un cadre professionnel, puis deviennent amis, ils ont chacun quelques jeux dans leur ludothèque et ne refusent pas une partie de Zombicide ou Dominion. Ils aiment jouer… mais pas spécifiquement aux jeux de société : ils ont autant de plaisir à jouer aux jeux vidéos ou aux fléchettes avec des amis ou en famille. Cependant, force est de constater que le paysage ludique a bien évolué depuis 2010, avec une offre qui s’est diversifiée et est devenue, chaque année, plus abondante et plus riche. L’intérêt de Fabien et Vincent pour les jeux de société grandit et lorsqu’ils ambitionnent de concrétiser une envie déjà ancienne d’entreprendre ensemble, ils pensent à se lancer dans le secteur du jeu de société. En effet, ils s’intéressent aux jeux mais ils constatent aussi que ceux-ci leur échappent, toujours plus, car le milieu s’est tellement développé qu’il devient impossible de tout tester, quand bien même on le souhaiterait. Or, ce qu’ils aiment, c’est découvrir, et ils ont envie de partager cette passion en amenant les gens à se rassembler autour d’une table pour jouer : ils pensent ainsi naturellement à ouvrir un bar ludique avant d’avoir l’idée de la box Ludum, fin 2018.

Démocratisation du jeu

« Ce qu’on veut, c’est aussi lutter contre les réserves du grand public à entrer dans des boutiques spécialisées »

Le format box se prête bien à leur projet qui s’affine au fil des mois : ils aimeraient participer à la démocratisation du jeu de société, en amenant les jeux aux gens après les avoir sélectionnés, pour aller au-delà des a priori du grand public sur le monde ludique. L’idée est aussi ensuite de pousser les consommateurs à revenir vers le jeu, sur leur boutique en ligne mais aussi dans leurs boutiques physiques de proximité. Avec leurs différents formats de box, c’est en grande partie aux « non-joueurs » qu’ils s’adressent, pour leur faire découvrir des nouveautés, en recherchant toujours l’accessibilité et l’universalité, raison pour laquelle ils n’affichent pas d’offre destinée à des jeux dits « experts », même s’ils devraient prochainement compléter leur gamme pour satisfaire des joueurs plus réguliers. Il est aussi très important pour eux d’accompagner la découverte de ces jeux car rien ne doit entraver le plaisir ludique : ils enregistrent ainsi des règles audio mises en ligne sur le site car la lecture des règles reste une épreuve souvent dissuasive ; ils glissent également dans le carton un magazine revenant sur la sélection tout en mettant en lumière d’autres jeux, un auteur ou une mécanique. Les goodies et jeux à fabriquer qui sont aussi présents dans la boîte viennent titiller la curiosité du joueur et l’inciter à pousser l’expérience plus loin.

Surprise, surprise !

Lorsque j’entends la démarche de Vincent et de Fabien, je la trouve tout à fait louable mais je m’interroge également car je m’aperçois que je ne suis pas vraiment la cible de cette box : je possède de nombreux jeux, je suis l’actualité ludique. Mais leur concept séduit aussi parce qu’il repose sur la surprise et l’abonnement Ludum est pour moi une petite madeleine de Proust qui a le bon goût de la pochette cadeau de l’enfance, qu’on achetait dans des boulangeries ou épiceries. Le contenu était rarement extraordinaire mais il nous faisait vibrer parce qu’à l’intérieur du carton se cachait l’inattendu. Heureusement, Ludum ne nous régale pas avec une breloque en plastique et un collier de bonbons mais avec des jeux très bien choisis, qu’ils ont longuement testés, et je dois dire que je suis encore une enfant qui trépigne avant chaque envoi et pronostique même ce qui pourrait se retrouver dans la box !

Rester dans l’échange

« C’est très important pour nous de retrouver de l’échange avec ce support web, de ne pas perdre le social »

Je parlais du manque d’interaction généré par l’achat en ligne. Garder le contact est au cœur des préoccupations de Ludum. L’entreprise n’a rien d’un géant américain : à eux deux, Fabien et Vincent gèrent le site, le blog associé, le magazine, les liens fournisseurs, les sélections de jeux et les relations clients, externalisant seulement la logistique à une PME bretonne – ainsi que la partie « marmots » du magazine, confiée à Olivier de l’excellent Plateau Marmots, et sa mise en page assurée par leur illustratrice, Valentine Fiorio. De fait, il est essentiel pour eux de s’appuyer sur les retours clients pour les prochaines box et de réagir rapidement aux questions ou aux demandes qui leur sont faites. Je fais partie des personnes les ayant contactés suite aux erreurs dans l’édition des Îles dans le Brouillard, mises dans la Discovery Box de juillet, et ce, bien avant de les joindre pour cet article, et ils ont répondu très rapidement et efficacement. Ils comptent aussi sur leur communauté pour se faire connaître, en supprimant leur coût d’acquisition pour proposer des tarifs plus bas aux abonnés : ils font le pari du bouche-à-oreille et d’une croissance naturelle et donc de grandir grâce à leur clientèle. En outre, ils sont attentifs à la satisfaction des joueurs et proposent un service de retour au cas où vous recevriez dans une box un jeu que vous possédez déjà : ce fut mon cas dans la box d’octobre car j’avais déjà acquis Stellar et j’ai pu faire un renvoi sans payer de frais de port supplémentaires et récupérer un avoir en échange.

Des jeux, à tout prix ?

Lorsqu’on se rend sur le site Ludum et qu’on consulte la boutique en ligne, on s’aperçoit vite que l’entreprise pratique des prix bas : cette politique tarifaire s’explique par la concurrence féroce sur Internet. Il faut être compétitif pour exister. Ludum peut se le permettre car ils sont une petite structure, sans trop de frais, et parce que ces prix avantageux sont réservés à leurs abonnés qui profitent du pass « Ludovor » grâce auquel on peut bénéficier de remises sur le catalogue. C’est un argument de plus pour souscrire à la box mais dès janvier, il sera possible d’acquérir le pass directement, moyennant un abonnement spécifique. Ludum fidélise ainsi sa clientèle. Toutefois, l’entreprise reste attachée à certaines valeurs : les frais de port restent payants en dessous de 60 euros d’achat. Ils auraient pu faire le choix, comme certains grands sites, de les offrir ou de les mettre à un petit tarif, tout en répercutant la différence, comme c’est souvent le cas, sur le prix des produits. Pour Vincent et Fabien, cela revient à effacer le métier de la logistique, à la considérer comme une chaîne « automatisée » et non humaine. Il leur semble important qu’on garde en tête que derrière un colis, il n’y a pas que le carton et le jeu, mais des gens qui ont préparé la commande, qu’il faut rémunérer. De la même manière, ils s’interrogent sur l’éthique environnementale en choisissant leurs investissements : conscients que le e-commerce a déjà un impact important sur l’environnement, ils avouent avoir fait le choix de ne pas emballer vos jeux dans du papier bulle, mais avoir préféré mettre plus d’argent dans un craft recyclé et recyclable.

Confinement et secteur ludique

Si les fondateurs de Ludum ont été confrontés à quelques difficultés lors de la première vague de COVID, à cause du planning chamboulé des sorties et de l’impossibilité d’avoir des retours autres que les leurs sur les jeux testés à ce moment-là, ils reconnaissent aussi qu’ils ont tiré avantages du confinement, comme beaucoup de marchands en ligne. Ils ont pu augmenter sensiblement leur catalogue cette année et ont vu aussi leur clientèle grossir. Toutefois, ils sont aussi sensibles à la situation du secteur ludique en général et ont rappelé lors de leur dernier communiqué de presse l’importance des boutiques françaises et des cafés-jeux dans la diffusion des nouveautés, alors que les marketplaces favorisent les ventes en masse des produits les plus connus. J’ai interviewé Fabien et Vincent la veille de l’annonce du deuxième confinement et je pensais alors faire paraître l’article quelques jours plus tard : avec la fermeture des boutiques physiques, je leur ai dit préférer le reporter parce qu’il ne me semblait pas approprié, dans ce contexte-là, de mettre en avant un mode de consommation en ligne alors que les joueurs n’avaient pas toutes les possibilités habituelles d’achat. Ludum a parfaitement accueilli cette décision qui allait dans le sens de leur positionnement sur la valorisation du marché ludique français. 

Conclusion

Ludum propose à ce jour cinq formules de box trimestrielles, que vous pouvez cumuler. Je ne vous donnerai pas les détails de l’offre et les tarifs dans cet article car il ne s’agit pas d’une communication commerciale. J’avais envie, à travers cet échange avec Ludum, de découvrir une jeune entreprise française et de comprendre comment créer un nouveau mode de consommation ludique aujourd’hui et comment positionner celui-ci dans le marché actuel. Ludum est une petite entreprise tenue par des passionnés avec qui il a été très intéressant de discuter. Mon expérience, via mon abonnement à la Discovery box, axée sur des jeux stratégiques mais toujours accessibles, est vraiment bonne : c’est dans une Ludum que j’ai découvert It’s a Wonderful World, en janvier dernier, dont tout le monde parlait et pour lequel j’avais des réserves à cause des comparaisons souvent faites avec 7 Wonders, et ce fut l’un de mes jeux préférés de l’année ; j’ai espéré y trouver Nidavellir en avril, que je scrutais depuis un moment, et j’ai été comblée, d’autant plus que s’y joignait la petite boîte d’Abyss Conspiracy ; même si je n’ai pas été convaincue par les Îles dans le Brouillard, j’ai apprécié pouvoir tester ce jeu en avant-première dans la box de juillet. C’est toujours un plaisir de recevoir ma box et j’avoue même avoir regretté ne pas avoir souscrit à la formule la plus complète au vu de l’excellente sélection de la Easy et de la Party Box du dernier trimestre ! Si vous aimez les surprises ou avez envie de faire découvrir plus de jeux, différemment, à des proches, je pense donc que vous pouvez vous en remettre à ceux qui se présentent comme des « cavistes » des jeux de société, sélectionnant les meilleurs crus : les pandas roux de chez Ludum.

Je fais partie du programme d’affiliation de Ludum (je les avais sollicités avant l’écriture de cet article qui n’est pas sponsorisé). Si vous voulez soutenir le blog et souhaitez commander le site, vous pouvez cliquer sur l’image ci-dessous pour y accéder :

3 réflexions au sujet de « Ludum, « cavistes » du jeu de société »

    1. Je comprends, je craquerais volontiers pour la Totale Box aussi (mais ce serait compliqué pour mon budget !). En plus, leur future offre qui arrive très très bientôt pour les joueurs réguliers risque de me faire de l’oeil aussi ;).
      Même remarque pour les achats de jeu, je suis toujours en train de les examiner pour me dire si ça pourrait rentrer dans la box ! Heureusement qu’ils acceptent les retours en cas de doublon.

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