Chronicles of Crime 1900 : Scandales et crimes à la Belle Epoque

La famille Lavel s’est toujours distinguée par sa grande finesse d’esprit et son goût pour les affaires sordides à résoudre. C’est donc tout naturellement à vous, Victor, que votre patron, le rédacteur en chef des Nouvelles de Paris, s’adresse lorsqu’il veut obtenir un scoop avant tout le monde sur les histoires les plus sombres qui remuent la capitale…

En juin 2016, un étrange petit canard se jette dans le lac déjà fort peuplé de l’édition de jeu de société. Aujourd’hui, petit canard est devenu grand et ce n’est pas grâce à leur nom que Lucky Duck Games a su s’imposer dans le milieu mais plutôt grâce à une ligne éditoriale affirmée et originale. En effet, si on les connait maintenant aussi pour leur travail de localisation – c’est à eux que l’on doit par exemple l’Île des Chats, les Petites Bourgades mais aussi Dune Imperium qui arrivera ce trimestre en boutique –, ils ont affirmé dès le départ leur volonté d’associer le jeu de société au jeu vidéo. D’abord spécialisés dans l’adaptation de jeux mobiles en jeux de plateaux comme Vikings Gone Wild ou Kingdom Rush, ils poussent encore plus loin l’expérience ludique en 2018 avec Chronicles of Crime, leur premier jeu hybride mêlant matériel physique et application. Le format en partie numérique donne à l’enquête une densité exceptionnelle puisque la narration peut se déployer bien davantage que si elle s’était limitée au papier. Le succès du jeu, vendu à 400 000 exemplaires dans le monde, conduit l’éditeur à sortir de nouveaux opus et notamment la Série Millénaire qui a fait l’objet d’un financement participatif l’an dernier : celle-ci est composée de trois boîtes indépendantes, plaçant leurs intrigues en 1400, 1900 et 2400, à Paris. J’ai pu tester Chronicles of Crime 1900 : le jeu nous ramène à la Belle Époque et nous place dans la peau du journaliste Victor Lavel à travers un tutoriel et quatre enquêtes scénarisées par Tomasz Konatkowski et Wojciech Grajkowski. Il est maintenant temps de vous livrer les conclusions de mon enquête sur le jeu lui-même !

1-4 joueurs – 60-90 minutes – A partir de 12 ans – Prix de vente conseillé 28 euros

Le jeu m’a été envoyé par l’éditeur. Merci à Lucky Duck Games pour sa confiance.

Analyse des preuves matérielles

Objets trouvés

Paris, 1900 : que de faste dans la ville en cette époque de progrès ! L’exposition universelle rassemble des visiteurs du monde entier venus admirer la capitale française. La foule se presse dans les lieux les plus emblématiques : le Champ de Mars, le Trocadéro, le Moulin Rouge et le quartier branché de Montmartre. Néanmoins, la couverture de Chronicles of Crime 1900 nous montre déjà qu’il faudra aussi arpenter les ruelles mal famées pour découvrir toute la noirceur humaine et les crimes les plus détestables. La célèbre Tour Eiffel est donc reléguée au dernier plan, tandis que le héros Victor Lavel se penche sur une carte mystérieuse. A la main, il tient un briquet, pour mieux voir ce qu’il observe dans la pénombre, qui symbolise également sa volonté de faire la lumière sur les affaires qu’on lui confie. Derrière lui, trois hommes armés surgissent, exemples de la violence qui fait rage dans les coulisses du spectacle du grand Paris. Le noir côtoie le doré, révélant ainsi les forces néfastes à l’œuvre qui viennent fissurer l’image glorieuse de Paris à la Belle Époque. L’année s’affiche en lettres d’or et se pare d’arabesques typiques de l’Art Nouveau, que l’on perçoit aussi dans les cadres à double bordure et aux coins ornés présentés sur chaque côté de la boîte du jeu. On a presque l’impression d’observer un tableau d’époque et pour ne pas rompre l’illusion, même le logo de l’éditeur délaisse son orange habituel pour se fondre dans le décor – il saura rappeler sa présence avec humour, discrètement, dans plusieurs endroits du jeu, à commencer par la carte qu’observe Victor.

La sophistication continue à l’intérieur de la boîte : après la règle, nous découvrons tout d’abord un premier plateau plié en deux à la manière d’une sacoche, comme pour évoquer celle que porte Lavel sur la couverture. L’illustration va dans ce sens avec un superbe travail de texture qui imite le tannage du cuir avec ses irrégularités. Au centre, un écusson représentant un sanglier rappellera des souvenirs à ceux qui ont joué à Chronicles of Crime 1400 et permet de faire un premier lien entre Victor Lavel et son ancêtre médiéval, Abélard. Une fois installé, le plateau est divisé en différents emplacements destinés à accueillir les cartes des objets ou des personnages que nous découvrons au fur et à mesure de l’enquête. L’esthétique est assez réussie pour un espace qui finira au cours de la partie par être recouvert, avec des dorures mises en valeur par le fond vert bouteille et rouge. On regrettera toutefois un peu la finesse du carton : le plateau a ainsi tendance à se soulever légèrement au début de son utilisation.

Le reste du matériel est bien protégé grâce à un thermoformage. En outre, celui-ci est recouvert d’une partie en plastique sur laquelle s’affiche élégamment le nom du jeu pour maintenir tous les éléments en place. L’ensemble fait très qualitatif, même si la taille de la boîte ne paraît plus vraiment justifiée quand on voit la place réelle prise par le matériel.

Le jeu fait la part belle aux cartes, aux illustrations toutes plus belles les unes que les autres pour peu que vous soyez sensibles aux arts décoratifs : les versos reprennent les courbes de l’Art Nouveau avec une ornementation foisonnante qui vient entourer le signe central et nous fait presque oublier qu’il s’agit alors simplement d’iconographie. Le buste féminin figurant les personnages apparaît comme un portrait encadré par le décor. La variation des couleurs, allant du bronze au vert en passant par le jaune donne le sentiment d’être dans une galerie dans laquelle on va passer d’une ambiance à une autre, tout en assurant une cohérence graphique.

Le premier paquet contient les trente personnages que vous rencontrerez au cours de vos enquêtes, représentés de manière réaliste. Les deuxième et troisième paquets, contenant les objets spéciaux et les indices, présentent des rectos plus sobres mais on apprécie le soin du détail dans le travail du fond en « papier », avec ses petites disparités chromatiques et ses quelques taches. Enfin, de grandes cartes appartiennent à la catégorie « Énigme » et doivent rester cachées pour l’instant : néanmoins, lorsque viendra le temps de les observer, vous pourrez profiter du grand format et de la diversité des images proposées.

Enfin, le jeu contient huit plateaux lieux, que j’aurais voulu un peu plus épais mais qui remplissent parfaitement leur office : sur ceux-ci, vous placerez les personnages présents et la largeur du plateau suffit aux besoins de l’intrigue. Ils sont donc pratiques, même si on ne les gardera pas en mémoire pour cela mais plutôt pour les magnifiques illustrations qui offre une plongée immédiate dans le Paris de l’an 1900. Le matériel de Chronicles of Crime, assez classique, est complètement transcendé par ce travail graphique de haute volée.

Base de données

Dans cette première description du matériel, j’ai sciemment laissé de côté le livret de règle. En effet, celui-ci vous donne la mise en place et les grands concepts du jeu mais vous pouvez tout à fait vous contenter d’une lecture rapide car le tutoriel vous fournira toutes les informations nécessaires à la résolution de vos enquêtes : à la manière d’un jeu vidéo, on peut tout à fait se plonger directement dans le jeu qui nous guide dans sa maîtrise.

Pour jouer à Chronicles of Crime 1900, il vous faudra comme pour ses aînés télécharger sur mobile ou sur tablette une application dédiée : pratique, si vous avez déjà joué à d’autres opus, vous n’aurez besoin de rien d’autre puisque toutes les boîtes fonctionnent avec le même support numérique. Il vous suffit de cliquer sur le jeu possédé puis de choisir l’une des enquêtes disponibles. Vous disposez de quelques lignes pour avoir un aperçu de chaque scénario afin de vous orienter vers celui qui vous intéresse le plus : le mieux reste toutefois de suivre tout d’abord le tutoriel, même si vous avez déjà joué aux précédents Chronicles of Crime, non seulement parce que 1900 offre une particularité mécanique mais aussi parce qu’il s’appuie sur une petite enquête tout à fait honorable. Les enquêtes sont ensuite présentées par difficulté croissante et sont parfois liées par une partie de l’histoire : ayez en tête ces points à l’esprit pour faire vos choix.

Autopsions maintenant l’application Chronicles of Crime : celle-ci brille par sa simplicité d’utilisation. Vous ne serez pas perdus au milieu d’une multitude d’options puisque l’interface reste très sobre. Le fond de votre écran sera occupé par le décor flouté du lieu dans lequel vous vous trouvez, rappelé dans le bandeau du haut. Dans ce dernier, vous trouverez également l’heure qui sera indispensable à la gestion du temps dans l’histoire. Les textes s’afficheront au fur et à mesure dès que vous scannez un personnage ou un objet et scanner un lieu vous y amènera tout de suite. L’application se fait aussi directive en vous indiquant clairement quels objets rajouter à votre plateau principal quand vous avez trouvé quelque chose d’intéressant ; l’iconographie du matériel physique apparaît dans le corps des textes pour vous inviter à manipuler les cartes ou plateaux. Enfin, un menu est accessible par un bouton en bas en gauche pour revenir au menu principal avec la liste des scénarios, activer l’auto-scan, voir l’historique de toutes vos actions (ce qui est pratique si vous n’avez pas tout noté à côté) et activer et désactiver la musique.

La musique est l’une des particularités de l’application même si on devrait plutôt parler d’ailleurs d’une ambiance sonore spécifique à chaque lieu. Je l’ai adorée puisqu’elle contribue à l’immersion : au journal, vous entendrez des bruits de voix plus ou moins lointains, le cliquetis des touches des machines à écrire, une porte qui se ferme, une sonnette, le son du papier que l’on manipule… Certains lieux disposent en plus de plusieurs pistes sonores en fonction du moment de la journée où vous vous y rendez et des événements qui s’y déroulent. Je pense cependant que cette musique peut perturber la concentration de certains joueurs qui préfèreront jouer sans. L’important est que l’application ait été conçue pour laisser le choix et j’ai été pour ma part ravie de cet ajout. J’aurais aimé que le travail sonore aille encore plus loin en ajoutant par exemple des voix pour donner vie aux personnages à la place du texte seul, mais j’imagine l’ampleur de la tâche et cela semble difficile à faire sans impacter vraiment le budget et donc le prix de la boîte.

L’autre option de l’application participe cette fois complètement à la mécanique du jeu puisqu’elle vous permettra de donner vie à des scènes grâce à des animations panoramiques liées au mouvement de votre appareil : celui-ci devient vos yeux et en le bougeant, vous regardez de nouvelles parties de la pièce. Il est possible aussi de passer en réalité augmentée pour peu que vous disposiez de l’équipement nécessaire. Ce n’était pas mon cas donc je ne peux vous dire ce que cela vaut mais j’ai trouvé la réalisation déjà fort convaincante.

De manière générale, j’ai été impressionnée par la fluidité de l’application. Celle-ci est très réactive, que ce soit pour le scan des QR codes ou pour les changements de lieux. Je craignais que l’utilisation du téléphone soit un peu pesante mais la technique est au rendez-vous !

Le Ventre de Paris

« L’immensité babylonienne de Paris »

Tels sont les mots qu’employa Goncourt après avoir dîné aux côtés d’Émile Zola sur la plate-forme de la Tour Eiffel, le 2 juillet 1889. Au cours du Second Empire et à la fin du siècle, la ville se métamorphose et fascine les artistes. En 1900, Paris reçoit sa cinquième exposition universelle et cette année reste dans l’imaginaire collectif français comme l’une des plus représentatives de ce qu’on appellera plus tard « la Belle Époque ». Paris comme fleuron de l’art, Paris comme fer de lance de l’innovation scientifique et industrielle : j’attendais les Lucky Duck au tournant pour le traitement du contexte car il aurait été dommage de reléguer la grande Histoire à une simple toile de fond vite oubliée.

Le thème saute aux yeux dès la découverte du matériel puisque ce sont les illustrations qui vont tout d’abord le mettre en avant. L’équipe d’illustrateurs constituée de Karolina Jedrzejak, Aleksandra Wojtas, Matijos Gebreselassie, Mateusz Komada et Katarzyna Kosobucka a redonné vie au Paris de 1900, tout d’abord dans les décors qui apparaissent sur les plateaux lieux. Ceux-ci donnent un aperçu du Paris de la Belle Époque, dans toute sa splendeur, avec des représentations du Champ de Mars sur lequel on trouve les pavillons de l’Exposition Universelle, du Panthéon avec le bassin Soufflot en perspective, des Halles réaménagées sous Napoléon III qui accueillaient les marchés parisiens. Les images sont belles mais aussi très fidèles à la réalité historique puisque les illustrateurs se sont visiblement basés sur des photographies d’époque : on a l’impression de voir celles-ci dans les dessins, mais ils ravissent aussi les sens du joueur par leurs couleurs chatoyantes. On découvre un Paris à la fois familier mais aussi étranger : ainsi, la porte de Vincennes a été croquée par l’équipe des Lucky Duck, rappelant qu’elle fut le terminus de la première ligne de métro parisien inaugurée en 1900 justement ; l’entrée du métro arbore alors les beaux édicules conçus par l’architecte Hector Guimard que l’on ne peut plus admirer aujourd’hui puisqu’ils furent retirés en 1934.

En outre, les plateaux lieux représentent également des espaces moins célèbres mais tout aussi emblématiques de la vie à Paris : ici, une rue passante avec des boutiques, là, une autre rue plutôt réservée aux habitations dans les nouveaux immeubles haussmanniens, là encore un quartier plus sombre sans doute occupé par des classes sociales moins favorisées. Le jeu représente la maison bourgeoise au cœur de la ville comme la maison de maître dans la campagne. On apprécie cette grande diversité qui se retrouve aussi dans les cartes personnages qui suggèrent les différentes classes sociales, de la servante à la maîtresse de maison en passant par l’ouvrier ou le riche industriel. On trouve même, au milieu de ces anonymes, le portrait de Marie Curie, réalisé à nouveau à partir de photographies !

Par ailleurs, le thème est bien intégré aux enquêtes. Cela va de petits détails comme le fait de préciser où se passe la scène – le Cirque d’Hiver, « rue Amelot » ; un quai de Seine « près du pont du Carrousel » – à des éléments de l’intrigue complètement fondés sur un événement historique. L’exposition universelle est exploitée par exemple pour deux scénarios et j’ai aimé le fait que dans l’un d’entre eux, elle soit le théâtre d’un rebondissement majeur alors que dans l’autre, elle soit plus anecdotique car cela nous rappelle que l’exposition a duré six mois et qu’elle a aussi fait partie de la vie « quotidienne » des parisiens. Les auteurs nous ravissent en exploitant les débuts du cinéma, la passion des cabarets, l’antagonisme franco-allemand et les mouvements sociaux – avec un personnage syndicaliste ou encore des suffragettes.

De plus, il aurait été tentant de jouer un maximum sur l’image dorée de la Belle Époque mais Chronicles of Crime 1900 sait se montrer nuancé en soulignant les inégalités de plus en plus nombreuses, la corruption et la recherche du progrès à tous crins et au mépris même de la sécurité des employés, le fléau de l’alcoolisme. L’ombre d’Emile Zola plane sur les scénarios…

Et c’est même parfois explicite puisque les scénaristes s’amusent à glisser quelques références, à commencer par la troisième enquête qui s’intitule « le Ventre de la Ville », en référence à l’œuvre de l’auteur des Rougon-Macquart : on fera un tour aux Halles et on y rencontrera un certain Quenu qui partage son patronyme avec un personnage du roman de Zola. Ce scénario fonctionne d’ailleurs avec le deuxième « le train de passé » et même si l’intrigue diffère, on se prend à penser à la Bête Humaine quand on apprend qu’un crime a eu lieu dans un wagon.

Le thème est donc pour moi très bien géré puisque le jeu mêle histoire, littérature mais aussi arts visuels avec la reprise des codes de l’Art Nouveau. La représentation des personnages et des lieux oscille entre plusieurs mouvements picturaux à la mode comme le réalisme ou l’impressionnisme – que l’on devine fugacement dans le dessin de la Gare d’Orsay qui deviendra, comme chacun sait, un musée dédié aux impressionnistes.

Au bonheur des joueurs

La grande Histoire, c’est bien, et c’était attendu pour la Série Millénaire dans laquelle s’inscrit cet opus de Chronicles of Crime. Néanmoins, les histoires criminelles sont-elles, elles aussi, à la hauteur ? Avant de vous proposer cette analyse, j’ai testé l’ensemble des scénarios de la boîte pour pouvoir vous livrer mon avis général sur la qualité des enquêtes.

En premier lieu, j’ai apprécié la diversité des intrigues proposées : certes, il y aura de l’hémoglobine et des assassinats sanglants mais vous aurez aussi à résoudre des affaires d’enlèvement ou de vol. Vos actions pourraient même déjouer des complots très violents ! La variété des sujets que vous traiterez en tant que journaliste participe au plaisir ludique, d’autant qu’ils s’entremêlent souvent au sein d’une même enquête. De même, les mobiles des criminels diffèrent d’une enquête à l’autre. Chaque scénario a sa propre identité.

J’ai été agréablement surprise par le tutoriel : il nous apprend à manipuler l’application et le matériel du jeu mais il va au-delà de la maîtrise mécanique puisqu’il s’agit aussi d’une enquête, scénarisée par Grzegorz Nowak. Elle est certes plus courte que les autres mais l’histoire tient parfaitement la route.

En ce qui concerne les quatre scénarios inclus dans la boîte de Chronicles of Crime 1900, la qualité est au rendez-vous. Tout d’abord, on vous livre des intrigues cohérentes, du début à la fin, ce qui est pour moi essentiel à un jeu d’enquête. Même s’il vous a manqué des informations pour tirer le fin mot de l’affaire, la conclusion apportée dans la solution semble toujours logique et on voit comment on en est arrivé là et ce qui a pu nous échapper. Les histoires sont bien ficelées et bien calibrées. J’avais ainsi pu être déçue par le dénouement de Détective qui nous avait offert une magnifique expérience de jeu mais dont la fin nous avait paru un peu bancale et frustrante après cinq enquêtes liées. Ce n’est pas le cas dans Chronicles of Crime 1900 car on a bien un sentiment d’achèvement après chaque scénario. Seule la deuxième enquête « le train du passé » m’a un peu moins happée par ses enjeux que j’ai trouvés plus simples, mais comme celle-ci appartient à un cycle de deux scénarios avec « le ventre de la ville », cela ne m’a pas trop dérangée puisque la seconde affaire, sans constituer une vraie suite de la première, la prolongeait sur certains aspects.

Si les scénarios du jeu m’ont convaincue, c’est ensuite grâce à leur construction. Comme vous n’incarnez pas un policier – même si votre oncle est commissaire, ce qui vous permettra d’avoir des informations privilégiées –, vous n’êtes pas assigné à une seule affaire et vous travaillerez donc parfois sur plusieurs sujets en même temps avant de les voir se rejoindre. Si le jeu vous guide sur les premières enquêtes, les plus difficiles vous laisseront aussi dans l’inconnu au début de votre investigation : c’est une des raisons qui me font préférer l’enquête la plus difficile « Un rayonnement d’espoir » car il y a une vraie montée en puissance ; vous manquez clairement d’informations au début et vous êtes contraints de vous accrocher à chaque petite piste jusqu’à un moment où les événements vont s’affoler.

Cela marche bien puisqu’on sent que les scénarios prennent totalement en compte la mécanique qui joue sur le temps qui passe : vous commencez votre travail le matin et il faut que tout soit résolu avant minuit pour que l’édition du lendemain rende compte de vos découvertes. Le temps est précieux et certains personnages ne pourront être vus à un endroit spécifique qu’à une heure bien précise. Si vous tardez trop, il devient même impossible d’interroger un témoin. C’est là aussi que les fausses pistes prennent toute leur importance car les scénarios leur font la part belle et elles sont développées de façon à vous faire perdre de nombreuses minutes si vous vous entêtez dans cette direction.

J’aime aussi, plus globalement, le fait que vos actes aient des conséquences sur la suite du jeu. Divulguer une information ou montrer un objet à un témoin peut tout autant le faire parler que le fermer totalement à vos questions. Là encore, j’ai trouvé que le dernier scénario brillait puisque, sans trop vous en dire pour ne rien gâcher, il exploite une caractéristique de votre personnage qui va être développée tout au long des intrigues.

Enfin, le jeu a réussi à m’emporter grâce à une écriture soignée. Elle regorge de petits détails qui sont là autant pour vous aider que pour vous perdre. Elle donne aux personnages une vraie personnalité par leur manière de réagir à vos questions. Cela aurait pu être approfondi en travaillant les parlures pour souligner les différences sociales, puisque le langage est un peu lissé (on est loin du travail sur les sociolectes que l’on voit chez Maupassant par exemple). Néanmoins, l’expression est tout à fait agréable et on se laisse volontiers porter par l’histoire qu’on nous raconte.

Modus Operandi

Mais au fait, comment on joue ? Cliquez pour découvrir la règle

Le tutoriel est la meilleure façon d’apprendre à jouer. Néanmoins, si vous souhaitez découvrir le fonctionnement du jeu, je vous renvoie à ce ludochrono qui explique rapidement les concepts du jeu : :

Vidéo-règle

Profilage de la mécanique de Scan & Play

La mécanique de Chronicles of Crime 1900 est en grande partie identique à celle de ses prédécesseurs : elle repose sur la technologie de Scan & Play, c’est-à-dire que vous devrez scanner des QR codes présents sur le matériel du jeu pour faire une action comme interroger un personnage ou vous rendre dans un lieu. Elle est étroitement liée au scénario afin de garder une cohérence dans les actions ; par exemple, vous ne pouvez pas interroger un témoin qui n’est pas au même endroit que vous ou vous rendre dans un lieu qui n’a jamais été mentionné dans l’enquête.

Corollaire de ce choix de gameplay, vous aurez toujours votre téléphone ou votre tablette en main puisque c’est en scannant le matériel que vous pourrez avancer dans l’histoire. Les allergiques au numérique risquent de partir en courant mais je dois bien reconnaître que cela ouvre considérablement le champ des possibilités. En effet, à partir du moment où vous connaissez des personnages et où vous avez rassemblé des preuves, sous la forme de cartes « indice » ou « objet spécial », vous pouvez conduire des interrogatoires et le jeu ne vous limite pas dans ce que vous pouvez demander. Vous ne formulez pas des questions mais scannez la chose ou la personne sur laquelle vous voudriez obtenir des informations de la part de votre interlocuteur. En pratique, il est donc possible d’interroger sur tout et tout le monde ! Il est assez admirable de voir que les auteurs du jeu, David Cicurel et Wojciech Grajkowski, ont imaginé de fournir une réponse personnalisée pour toutes ces interrogations, même celles qui ne mènent à rien. C’est un des atouts majeurs de l’hybride car le texte n’est pas limité à un support matériel.

En outre, l’application intègre un compteur de temps, dont j’ai déjà parlé plus haut et dit combien il participait au scénario, et les scans que vous faîtes feront avancer l’horloge en fonction du temps allouée à l’action (poser une question ou observer une scène de crime prend 5 minutes, vous rendre quelque part vous en demandera 20). Si on a d’abord envie de dégainer la scannette pour recueillir la déposition d’un personnage sur tous les éléments dont on dispose, on se retient vite pour rationaliser nos demandes au vu du minutage.

D’autre part, si le numérique est très présent, on reste dans un jeu de société qui va nécessiter d’exploiter le matériel à notre disposition et pas uniquement pour le scanner. Les cartes et plateaux servent aussi de repères, à la manière d’un grand tableau de police, et vous allez les déplacer au fur et à mesure de vos découvertes : tel personnage a été vu à tel endroit ? Placez sa carte au lieu indiqué pour savoir où le chercher. Suite à l’examen d’une scène, vous avez trouvé un nouvel objet ? Glissez-le sur le plateau principal, dans la partie rouge réservée aux preuves que vous avez en main. On a donc une vue d’ensemble grâce au matériel, que ne nous fournit pas l’application puisque chaque texte en remplace un autre et remonter l’historique à chaque fois que vous avez besoin d’une nouvelle information serait assez laborieux.

D’ailleurs, j’ai de mon côté ajouté quelques feuilles et un stylo au jeu car si vous pouvez vous remettre à l’application pour garder en mémoire ce qui a été dit, les intrigues appellent quand même à une prise de notes pour bien suivre le fil des événements.  Il se passe donc aussi des choses sur la table elle-même et pas seulement sur le téléphone.

Néanmoins, si j’avais un reproche à faire à l’application, c’est de sous-exploiter son potentiel pour la conclusion du jeu. Effectivement, lorsque vous pensez avoir résolu l’enquête, vous devez vous rendre auprès de votre patron Jonas Jacquemart pour répondre à ses questions. Suite à cela, le jeu calcule votre score, qui dépend de vos réponses, du temps passé sur le scénario et de l’aide que vous avez sollicitée pour les énigmes. Ce n’est qu’alors que vous pouvez accéder à la solution. Or, celle-ci se contente de faire le récit de l’affaire dans ses grandes lignes : elle est très générale et fait le bilan de l’histoire mais nous aurions aimé avoir parfois davantage de détails sur des pistes secondaires par exemple. Surtout, je crois que j’aurais préféré voir une solution qui expliquerait comment obtenir les informations à côté desquelles nous sommes passés, quitte à ce qu’on ne soit pas obligé de tout lire. Il peut être un peu frustrant d’avoir manqué quelque chose et de ne pas savoir ce qu’il aurait fallu demander et à qui pour avoir ce renseignement : si la solution était rentrée dans ce détail, j’aurais encore plus eu envie de rejouer le scénario avec, en tête, juste l’élément bloquant pour essayer de faire le reste seule. Au lieu de cela, j’ai eu l’impression de lire un résumé qui m’en disait à la fois trop et pas assez.

Au département de la résolution d’Enigmes

La particularité de la série Millénaire est d’offrir un petit twist mécanique dans chacune de ses boîtes. Dans 1400, il s’agissait de visions du chevalier Abélard qui orientaient la suite de l’affaire – je ne saurais trop vous en dire car je n’ai pas joué à cet opus. Dans Chronicles of Crime 1900, il s’agit d’énigmes à la manière de celles que l’on trouve dans les escape room. Ce point me faisait un peu peur car, contrairement à beaucoup de joueurs, je dois reconnaître ne pas être une aficionada des Unlock parce que je trouve certaines énigmes bien trop abstraites. Pourtant, dans le jeu des Lucky Duck, cet ajout m’a beaucoup plu.

Tout d’abord, j’ai trouvé le dosage juste parfait : pour les quatre scénarios et le tutoriel, vous disposez de vingt cartes énigmes, soit une moyenne de quatre par intrigue, ce qui ne transforme pas totalement le jeu d’enquête en jeu d’escape. En outre, je vous parlais de variétés pour les scénarios, elle se retrouve aussi dans les cartes puisqu’on peut trouver à la fois des messages, des codes, des plans, des photographies. Il faudra parfois en associer plusieurs pour former le tableau final qui servira à la résolution de l’énigme.

J’ai trouvé ces énigmes souvent très logiques – même si je suis restée bloquée sur l’une d’elles – et liées à l’histoire à la fois dans ce qu’elles apportent par leur résolution et dans leur conception même (leur existence notamment est justifiée par le scénario). De surcroît, elles vous reconnectent encore plus avec le matériel du jeu puisque vous allez les regarder le près, les déplacer, les retourner, tenter de les assembler entre elles.

Leur difficulté augmente avec le niveau des enquêtes mais les concepteurs ont ajouté une option pour vous aider si l’une vous résiste trop longtemps, car la plupart doit être résolue pour avancer dans l’histoire. Votre collègue, Charlotte Hibou, vous attend dans la salle de rédaction du journal et vous pouvez la consulter pour savoir si vous avez tous les éléments en main pour résoudre l’énigme, pour demander un indice ou pour qu’elle vous donne le résultat. Évidemment, tout cela a un coût, en temps puisqu’on grince toujours les dents à l’idée de faire un aller-retour au journal alors qu’il y a tant à faire sur le terrain, et en points à la fin de la partie puisque vous aurez des malus pour les aides utilisées. On évitera de le faire mais c’est bien de savoir que cette possibilité existe : les énigmes restent plaisantes et non punitives.

Un travail d’équipe ?

Chronicles of Crime 1900 est un jeu coopératif prévu pour 1 à 4 joueurs. En théorie, rien n’interdit de se réunir à plus autour d’une enquête mais l’expérience sera nettement moins agréable puisque les discussions risquent de devenir chaotiques, sans garantir l’implication de tous.

J’ai joué le tutoriel et les deux premiers scénarios à deux, puis les deux derniers en solo. Les deux configurations ont leurs avantages, liés essentiellement à la présence de l’application.

En effet, le jeu ne se joue qu’avec un seul support mobile, téléphone ou tablette. Il est donc complètement impossible pour un groupe de joueurs de se retrouver à plusieurs derrière celui-ci pour lire les textes, ce qui implique qu’un seul joueur prenne en charge la partie numérique. Il assurera la lecture et donnera ses indications aux autres qui pourront s’occuper du matériel physique et de prendre des notes. C’est aussi celui qui a le support mobile qui pourra regarder les scènes de crime en réalité virtuelle. On peut bien sûr faire tourner le support pour que chacun utilise l’application tour à tour et se sente impliqué mais il est possible de se sentir frustré par cet usage limité, à partager. En solo, le problème ne se pose pas.

Toutefois, en jouant seul, on perd aussi toute la dynamique liée à la discussion constante autour de la table. L’enquête avance aussi parfois mieux en confrontant les points de vue et les énigmes se résoudront plus facilement à plusieurs que seul. J’ai quand même beaucoup aimé mes parties à deux où on prend le temps de se poser et d’échanger pour prendre du recul ensemble sur les données recueillies. Même si on a tous envie de regarder les scènes de crime – parce qu’elles sont vraiment très bien réalisées –, avoir un spectateur et des auditeurs créé une effervescence particulière car celui qui voit donne le plus vite possible les informations à ses compagnons qui vont farfouiller en même temps dans les paquets de cartes pour ne rien oublier. D’autre part, à plusieurs, on peut aussi jouer sur la répartition des rôles, en confiant à l’un les prises de notes, à l’autre la gestion des lieux et des personnages, à un autre celle des objets et des énigmes, au quatrième celle du mobile, chacun se sentant responsable de sa charge.

L’expérience différera vraiment mais je pense que chacun peut trouver son compte dans l’une de ces configurations au moins : le solo est plus calme, plus casse-tête aussi parfois, alors que le multijoueur propose une vraie expérience coopérative.

Conclusion

Évidemment, pour apprécier Chronicles of Crime, il faut adhérer au concept du jeu hybride et accepter l’omniprésence de l’application. Celle-ci permet de proposer des scénarios interactifs très riches puisque les possibilités sont multiples et vont évoluer en fonction de vos choix. Cependant, il serait dommage de réduire le jeu à sa partie virtuelle car le matériel physique est aussi fondamental. La boîte et l’application se complètent et je n’ai pas vraiment senti que l’une prenait le pas sur l’autre. Elles s’alimentent mutuellement puisque les illustrations des cartes et des plateaux viennent stimuler l’imaginaire des joueurs et chaque partie de l’intrigue va trouver un ancrage dans les éléments que l’on manipule. L’ensemble créé une expérience immersive grâce aux histoires racontées et à l’univers historique et artistique fort bien retranscrit.

En dehors de la boîte : Enquête à la Belle Epoque

On s’étonnera peut-être, dans Chronicles of Crime 1900, d’incarner, non un policier, mais un journaliste capable de faire la lumière sur les derniers crimes de Paris. Notre personnage est même parfois appelé directement par les victimes pour les aider à résoudre l’affaire qui les concerne.

Dépréciée pendant presque tout le XIXème siècle, mise à mal notamment par la littérature, objet de soupçons sur son intégrité, la police travaille à redorer son image à partir des années 1880 et cela passe par des changements de méthode qui porteront leurs fruits au tournant du siècle. Les procédures deviennent plus importantes et systématiques : on travaille différemment pour résoudre les crimes, on ne se contente plus de la « parole sonore » mais on va plus loin en cherchant des éléments factuels pour apporter la vérité judiciaire, avec des « preuves indiciales ».

Or, la police a de la concurrence dans l’enquête. Outre les détectives privés, qui restent marginaux à l’époque, la presse, qui s’est considérablement développée dans la seconde partie du XIXème, tente également de trouver la vérité sur les assassinats les plus sordides, pour les diffuser massivement à un public particulièrement friand de faits divers. A la fin de la Belle Époque, on estime que 10% de la surface rédactionnelle d’un journal était consacrée à ces faits-divers. Pour avoir l’information avant tout le monde, les petits reporters se glissent jusque sur les scènes de crime. Mais très vite, les journalistes ne se contentent pas de relayer les faits bruts ; ils vont aussi enquêter, pour raconter à leur lectorat l’histoire du meurtre, donner à voir le criminel et la psychologie du mal. Certains journaux vont même en faire leur fonds de commerce comme l’Œil de la Police, fondé en 1908, qui affiche des reconstitutions en dessins des scènes les plus violentes. Avant la généralisation des photographies, les unes sont illustrées par des gravures faites à partir de photos obtenues de la police, gages de vérité. On a l’impression d’assister à la naissance du journalisme d’investigation.

Cependant, les enquêtes des journalistes déclenchent des polémiques car la vérité revendiquée n’est pas toujours au rendez-vous et la rigueur qui s’installe peu à peu dans la police ne se retrouve pas dans les médias qui recherchent le sensationnalisme. Conclusions prématurées du reporter, démenties ensuite par l’enquête judiciaire, ruptures du secret de l’instruction, présomption d’innocence bafouée et même histoires complètement inventées, les journalistes ne reculent devant rien pour s’assurer le succès de la prochaine édition. Les reporters sont critiqués, qualifiés de « plumitifs indignes » par Maupassant par exemple, qui singera quelques-uns d’entre eux dans Bel Ami, voire de « fouille-merde ». La situation s’envenime pour la presse lorsque se termine la Belle Époque, pendant la première guerre mondiale qui verra circuler des « fake-news ». Pour restituer la confiance entre la presse et son lectorat, le premier syndicat de journalistes crée en juillet 1918 une « charte éthique professionnelle des journalistes » affirmant qu’un « journaliste digne de ce nom » doit respecter des règles morales dans l’exercice de son métier.

Les affaires criminelles cristallisent encore aujourd’hui les tensions dans les médias qui cherchent toujours à traiter l’information, dans un désir d’instantanéité, en franchissant parfois la ligne rouge, dans les affaires d’Outreau ou du petit Grégory par exemple. Nous ne sommes plus à la Belle Époque mais le problème de la surmédiatisation et de la place respective de la justice et des médias perdure : c’est que la demande du public pour le spectaculaire, le dramatique et l’exclusif est toujours aussi forte, au point même de voir apparaître sur les réseaux sociaux un nouveau niveau d’enquêteurs, chez les particuliers.

Sources et sites consultés pour cet article :

Site de l’éditeur : https://luckyduckgames.com/fr
Pour le contexte historique : https://fr.wikipedia.org/wiki/Exposition_universelle_de_1900
https://fr.wikipedia.org/wiki/Belle_%C3%89poque
Goncourt, Journal
BNF, Paris par l’image : https://gallica.bnf.fr/html/und/images/paris-en-images?mode=desktop
Photographies et cartes postales des années 1900 : http://paris1900.lartnouveau.com/
Pour le « En dehors de la boîte » :
Série « Retour vers le futur de l’info » sur la chaîne Youtube RétroNewsBnf, en collaboration avec France Télévisions : https://www.youtube.com/c/RetroNewsBnF/videos
Article de Dominique Kalifa dans la Revue d’histoire intellectuelle, « Policier, détective, reporter. Trois figures de l’enquêteur dans la France de 1900 » : https://www.cairn.info/revue-mil-neuf-cent-2004-1-page-15.htm
Dossier « fait divers et culture populaire à la fin du XIXème siècle » : https://www.persee.fr/doc/genes_1155-3219_1995_num_19_1_1292
Article de la BNF, « des représentations des criminels dans la presse populaire, 1880-1914 » : https://www.cairn.info/revue-de-la-bibliotheque-nationale-de-france-2015-3-page-74.htm
Page Wikipedia, l’œil de la police : https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27%C5%92il_de_la_police

Je fais partie des programmes d’affiliation de Ludum et de Philibert. Si vous n’avez pas de boutique ludique près de chez vous et que vous souhaitez commander sur l’un de ces sites tout en soutenant le blog, vous pouvez cliquer sur ces images pour y accéder :

12 réflexions au sujet de « Chronicles of Crime 1900 : Scandales et crimes à la Belle Epoque »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s