Techniques ludiques au Paléolithique

C’est votre première expédition. Vous allez participer à une chasse dont la tribu se souviendra longtemps et, qui sait, peut-être pourrez-vous l’inscrire dans la pierre qui gardera la mémoire de vos hauts-faits pour les siècles à venir.

Les secrets de la mécanique de Paleo

Un jeu à découvrir

La règle de Paleo nous met immédiatement en garde : ne regardez pas le recto des cartes de trop près ! On se lance dans la première partie sans trop savoir où on met les pieds, malgré la lecture du livret, car c’est en jouant que vous découvrirez de quoi sont vraiment composés les modules que vous avez installés et surtout que vous découvrirez comment gagner.

Dans Paleo, vous n’aurez le droit de ne regarder que le verso des cartes dans un premier temps. Chaque joueur doit choisir l’une des trois cartes disponibles devant lui, sur la base d’indices assez faibles. Ainsi, la forêt regorge probablement de bois et de nourriture… mais s’agira-t-il de branches à ramasser et de baies à cueillir, sans risques, ou d’une bête à affronter qui vous demandera une tribu bien armée ? Cette carte danger rouge sur laquelle on aperçoit une caverne obscure vous fait un peu peur et suscite le débat parmi les membres de votre tribu : vous pourriez vous blesser en rencontrant une créature sauvage mais cette grotte renferme aussi peut-être de précieuses ressources. Les cartes foyer, rêve, personnage et idée sont toujours positives mais tout le reste est inconnu. Néanmoins, ce ne sera pas le cas tout au long de la partie et c’est bien là tout le sel de la mécanique qui vous pousse à découvrir les secrets de Paleo pour vous perfectionner.

En effet, la première journée vous verra tâtonner, révéler des cartes tantôt bénéfiques, tantôt négatives car vous ne pouvez pas forcément les résoudre alors que votre tribu vient de se former. Vous ne verrez pas non plus toutes les cartes puisque pour valider une action, il vous faudra en défausser sans les avoir regardées. Cela permet d’entretenir le mystère et crée une petite frustration car on a l’impression de renoncer, sans savoir exactement ce que l’on abandonne – c’est d’ailleurs la première idée qu’a eu Peter Rustemeyer et qui l’a conduit à créer le jeu. Néanmoins, lors de la deuxième phase de jeu, la nuit, vous re-brassez toutes les cartes et les redistribuez. C’est l’occasion de faire de nouvelles découvertes mais aussi de capitaliser ce que vous avez fait précédemment : vous avez repéré que l’une des cartes rivière cachait en fait un mammouth puissant qui vous permettrait de peindre une partie de votre fresque ? Vous retournerez cette carte plus tard, quand votre clan aura les conditions requises. En attendant, vous aurez tendance à vous concentrer sur d’autres cartes. De cette manière, si les premiers tours se font un peu « à l’aveugle », si l’on excepte les hypothèses que l’on peut faire à partir du dos des cartes, les suivants seront plus éclairés car vous ajusterez vos actions en fonction des découvertes déjà faites.

Par ailleurs, c’est en révélant les cartes du paquet que vous comprendrez comment gagner… et comment éviter de perdre. La partie se joue nettement en deux temps puisque les premières journées seront orientées vers la survie : vous avez en effet peu d’outils et peu de personnages en jeu et ceux-ci sont donc plus vulnérables aux dangers. Or, vous perdez immédiatement si vous avez ajouté cinq crânes sur votre plateau nuit. La mort d’un de membres de votre tribu vous donne un crâne et vous en obtiendrez aussi si vous ne parvenez pas à nourrir correctement vos ouailles ou à réagir aux événements nocturnes. C’est difficile au départ car chasser demande de la force que vous n’avez pas forcément par exemple. Mais en découvrant des cartes, vous saurez quelles sont les plus fiables et vous apprendrez de vos erreurs car la carte qui vous occasionne une blessure vous indique aussi bien souvent comment vous auriez pu l’éviter. Dans les prochaines manches, vous reconnaîtrez certaines cartes à leur verso ce qui vous permettra d’essayer de les défausser mais vous vous serez sans doute aussi préparés à affronter le danger ! Paleo propose une vraie montée en puissance puisque vous ajouterez de nouveaux membres à votre groupe – avec prudence, car il faudra nourrir tout ce petit monde quand même – et vous fabriquerez des objets grâce à vos récoltes. Munis d’une lance, d’une corde ou d’une torche, vous serez donc plus à même de surmonter les périls.

Il arrivera alors un moment dans la partie où votre groupe sera suffisamment fort pour survivre, mais pour gagner la partie, il vous faudra avoir complété votre fresque. Là encore, les découvertes précédentes vous auront permis de définir les cartes qui vous donneront les sujets à peindre. On sent alors que la découverte génère tout le plaisir du jeu car la fin se fait parfois plus poussive : vous êtes hors-de-danger, vous ne pouvez plus vraiment perdre, mais vous restez dans l’attente de retrouver les éléments nécessaires à votre fresque. Il ne s’agit plus alors que de remplir les dernières conditions pour l’emporter : on a là une étape moins fascinante que le début de partie même si elle reste satisfaisante.

Survivre ensemble

Dans Paleo, les joueurs dirigent chacun un groupe d’une même tribu : ils œuvrent donc conjointement pour le salut puis la gloire du clan. Comme tout jeu coopératif, Paleo fait donc la part belle à la discussion car on s’efface volontiers pour l’intérêt du groupe. On ne tient pas forcément à faire son action mais on réfléchit aux meilleures décisions pour remplir nos objectifs communs.

L’aventure préhistorique de Peter Rustemeyer encourage les échanges grâce à une mécanique de choix de cartes en simultané. Il n’y a pas vraiment de tour individuel dans Paleo puisque tous les joueurs vont préparer leurs trois cartes et définir celle qu’ils vont retourner. Ce n’est que lorsque tout le monde a sélectionné sa carte qu’on regarde ce qui se cachait derrière celle-ci. En outre, ce choix se fait en concertation et en fonction de l’ensemble des chemins possibles. Ensuite, si les cartes sont résolues une par une, ce sont aussi les joueurs qui vont déterminer collégialement l’ordre d’application. Cela n’empêche pas totalement l’effet leader inhérent à la plupart des coopératifs mais chacun y va quand même de sa proposition et j’ai trouvé qu’on avait plutôt tendance à être dans l’ouverture aux autres, à les questionner sur ce qu’on doit faire au lieu de leur imposer une façon de jouer.

D’autre part, la coopération fonctionne parfaitement car le jeu vous met en difficultés tout au long de la partie : votre groupe ne sera jamais, à lui tout seul, apte à gérer toutes les situations qui se présentent. Pour pallier ce problème, Paleo propose un système d’aide qui consiste pour un joueur à ne pas utiliser l’effet de sa carte pour venir porter assistance à l’un de ses camarades. Les aptitudes de ses personnages et de ses outils sont alors ajoutées à celles du joueur qui demande de l’aide. Les bêtes les plus puissantes sont ainsi abattues grâce aux efforts combinés de plusieurs et cette mécanique, bien utilisée, permet aussi de sauvegarder vos personnages en leur évitant des blessures qui peuvent être prises par le joueur venu en appui. L’aide empêche aussi le jeu de ronronner car même lorsqu’on croit avoir pris une décision en retournant une carte, le tirage des autres implique parfois de renoncer à sa propre action pour aider dans une situation critique imprévue.

Est-ce le thème qui favorise le soutien entre les joueurs ? La mécanique est en tout cas très réussie et pousse à l’abnégation. Le hasard présent dans Paleo l’explique parfaitement car on ne peut pas totalement planifier : trop d’incertitudes pèsent sur les cartes, et il faut savoir s’adapter à ce qui arrive présentement. On abandonne donc volontiers ses projets pour faire face ensemble à un danger plus pressant ou essayer d’obtenir plus tôt que prévu un objectif.

Des épreuves insurmontables ?

J’ai beaucoup lu sur la difficulté de Paleo, considéré comme trop ardu pour les uns, trop facile pour les autres. En vérité, je pense que vos parties vous paraîtront parfois trop simples, parfois impossibles à gagner et cela, en raison du hasard de la pioche. Que les aficionados du contrôle se détournent ! La chance est un facteur omniprésent dans le jeu, tout du moins dans les premières manches, lorsque vous ne connaissez pas encore les cartes. Le début de la partie déterminera quelquefois la victoire ou la défaite. Effectivement, ne retourner que des cartes trop difficiles à résoudre pour votre petit clan vous fera prendre des blessures et rendra encore plus compliquée la recherche de nourriture. A l’inverse, une première journée au cours de laquelle vous rencontrez peu de dangers vous donnera toutes les armes pour réussir puisque vous vous serez concentrés sur la récolte, la fabrication d’outils, le recrutement de nouveaux personnages si vous n’avez pas à vous poser la question de la nourriture. Avec un peu d’expérience, vous arriverez à tirer votre épingle du jeu même avec un début délicat mais cette sensation d’être le jouet d’un destin capricieux, de devoir attribuer votre réussite ou votre malheur à la fortune, peut s’avérer frustrante. Toutefois, ce choix est pour moi totalement thématique et répond à la volonté de créer un jeu d’aventure : on comprend tout à fait que le danger puisse se cacher partout à la Préhistoire.

Néanmoins, Paleo vous propose aussi plutôt astucieusement de moduler votre difficulté, tout d’abord grâce à ses modules. Le jeu contient dix modules allant du « facile » au « cauchemardesque » et le supplément aux règles indique sept niveaux de difficulté reposant sur l’association de deux ou trois modules. En plus de scénariser un peu les parties, l’idée est appréciable car elle crée du challenge. On n’a qu’une envie : réussir un niveau pour passer au suivant ! L’expérience vous aidera et la marche ne semblera pas si haute si vous vous êtes bien préparés avec les parties précédentes. Enfin, Paleo intègre des variantes de jeu pour ajuster la difficulté, corser les parties en réduisant vos choix ou en blessant vos personnages, ou au contraire vous aider à vous approprier le jeu en offrant par exemple des ressources supplémentaires.

L’aventure en solitaire

Si la boîte indique que Paleo est une expérience ludique pour 2 à 4 joueurs, il comporte pourtant un mode solo, présenté comme une variante de jeu.

Rien d’étonnant pour un coopératif et vous pourriez d’ailleurs simplement jouer en prenant en charge deux groupes différents. Cependant, le solo inclus fonctionne aussi très bien en pimentant un peu le début de partie : en effet, alors que vous commencez normalement avec cinq nourritures dans votre râtelier, vous n’en placez aucune ! En outre, vous avez toujours juste deux personnages de départ et vous sentirez cruellement le manque d’aide. Pour simuler celle-ci, le jeu ajoute une dose de hasard avec deux dés que vous pourrez décider de lancer en défaussant plus de cartes. Les symboles obtenus s’ajoutent aux compétences de votre équipe. On n’hésitera pas à y avoir recours en cas d’extrême urgence et notamment en début de partie mais dès que votre clan se sera fortifié, il conviendra d’en user avec parcimonie car l’aléatoire est très important et on regrette d’avoir sacrifié quatre cartes pour des lancers ratés.

Mécaniquement, la proposition est tout à fait recevable et j’ai beaucoup aimé jouer plusieurs parties – y compris le fameux septième niveau – en solitaire. On comprendra pourtant le choix de l’éditeur de le présenter comme une variante parce que si le jeu reste presque le même, l’absence de dialogue est quand même fort dommageable car l’interaction est au cœur du plaisir ludique de Paleo.

Vous reprendrez bien une cuisse de mammouth ?

Paleo est merveilleux quand on le découvre. Chaque carte nous surprend et nous pousse à adapter notre jeu. Pour autant, a-t-on envie d’y revenir lorsque tous les niveaux ont été joués ? Lorsque tous les secrets ont été percés ?

J’avais des doutes sur la rejouabilité de ce jeu d’aventure préhistorique. Mais s’il m’a fallu une vingtaine de parties pour venir à bout de tous les niveaux, Paleo ressortira encore souvent. La part de hasard qui en dérangera certains fait aussi que les parties ne se ressemblent pas, que les cartes – qu’on n’apprendra pas par cœur, de surcroît ! – ne sortiront jamais dans le même ordre. A mon sens, vous n’aurez certes plus la surprise, mais la découverte sera quand même toujours là puisque chaque partie vous poussera à réapprendre comment gagner puisque les personnages que vous aurez ne seront pas non plus les mêmes et vos fabrications d’outils diffèreront. Pour peu que vous vous laissiez, comme moi, porter par le thème et appréciez de vous raconter une histoire différente à chaque fois, vous ne ferez qu’attiser les flammes du foyer. Les enfants – à partir de 10 ans – adoreront particulièrement l’expérience pour cette raison !

Et si vous sentez que votre imagination en veut encore plus, l’éditeur a pensé à vous en ajoutant un jeu de cartes pour créer votre propre module ! A vous de les customiser, d’imaginer les effets et les pré-requis, puis de mixer votre module avec un autre présent dans le jeu. L’idée est excellente et si vous manquez d’imagination, de nombreux joueurs partagent déjà sur des groupes facebook des modules de leur cru.

Enfin, Hans Im Glück travailleraient déjà sur une mini-extension et sur une extension beaucoup plus importante, prévue pour la fin de l’année 2021… de quoi donner envie de repartir à l’aventure !

Vous maîtrisez maintenant la technique nécessaire pour votre aventure. Utiliserez-vous ces astuces pour choisir votre direction ?

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