Varuna, sous l’Océan : la vie est super, mieux qu’sur Demeter, je te le dis…

Décidément, Demeter est pleine de surprises ! Nous avons déjà découvert la vie sur son premier satellite, Demeter 1 : l’observation et l’étude de ses dinosaures nous ont permis de récolter de nombreuses données, très précieuses pour la science. Un nouveau défi s’offre à nous : explorer Varuna, la seconde lune de Demeter, une planète à 89% recouverte d’océans. Nul doute qu’il faudra s’adapter et redoubler d’ingéniosité pour étancher notre soif de connaissances car les fonds marins regorgent autant de secrets que de dangers…

On peut dire que le vaisseau Sorry We Are French a fait du chemin, depuis la sortie en 2018 de son premier jeu : Ganymède. Le studio invitait alors les joueurs à coloniser les planètes les plus lointaines de la galaxie, et il a dans le même temps amorcé sa propre conquête spatiale ludique. Non content d’explorer des terres inconnues, comme celles du jeu d’ambiance horrifique avec Greenville 1989 par exemple, l’éditeur a étendu l’univers de Ganymède en l’étoffant avec une extension, Moon, mais aussi avec Demeter. Son auteur, Matthieu Verdier, nous confiait l’an dernier une mission de taille : étudier les dinosaures d’une lune de Demeter, très semblable à la Terre. J’avais alors été séduite par le thème mais aussi et surtout par le challenge constitué par Demeter. En effet, le jeu reprend la mécanique désormais bien connue des « paper and pencil », ces jeux à cocher – ou, à colorier, dans le cas présent – mais se distingue par sa difficulté, bien relevée. J’avais été ravie de découvrir les mini-extensions Autumn et Winter, mises à disposition en print and play sur le site de l’éditeur. Celles-ci modifiaient déjà la feuille de scores et nous obligeaient à revoir notre façon de jouer (une version boutique sera d’ailleurs en vente à partir du 17 septembre). Aussi, quand Sorry We Are French a annoncé un nouveau jeu dans la gamme Demeter, un stand-alone cette fois-ci, j’étais à la fois enthousiaste et circonspecte car Varuna se présente comme un « Demeter 2 ». S’agissait-il de surfer sur le succès du premier jeu de Matthieu Verdier, ou l’équipe avait-elle réussi à trouver l’équilibre entre renouvellement et respect de l’ADN du titre initial ? Plongeons ensemble dans les profondeurs de Varuna pour le découvrir !

1 joueur et plus – 20 minutes – A partir de 14 ans – Prix de vente conseillé 27 euros

Le jeu m’a été envoyé par Sorry We Are French. Merci à eux pour leur confiance.

Cartographie des abysses de Varuna

Balayage de la boîte au SONAR

La boîte de Varuna clame déjà haut et fort la continuité avec le premier flip and write de Matthieu Verdier : outre le sous-titre apparent, « Demeter 2 », la parenté entre les deux jeux s’exprime par la reprise du format carré et assez compact de la boîte, par la typographie et par le style low poly. David Sitbon prend cette fois-ci seul les commandes de l’illustration de Varuna – même si on retrouvera les traits d’Olivier Mootoo dans la règle, par la présence de dessins tirés de Ganymède. Sa couverture répond intelligemment à celle de Demeter : alors que la première invitait à porter le regard vers le ciel, laissant le bas du dessin dans l’obscurité, la seconde constitue une plongée dans les abysses et la surface de l’eau est reléguée au haut de la boîte ; les algues sous-marines rappelleront la végétation verticale de la première lune explorée ; le scientifique que nous incarnons apparaît dans les deux cas discrètement, mais il emprunte évidemment un sous-marin dans Varuna, ne pouvant plus voyager à pied. Toutefois, la couverture de Varuna se veut sans nul doute plus agressive que celle de Demeter, par son camaïeu de couleurs tout d’abord puisqu’on passe d’un bleu tendre à un violet puis un rouge vibrant alors qu’on s’enfonce dans les profondeurs. La représentation d’un mosasaure au premier plan renforce la sensation de danger : son œil rouge et ses dents pointues contrastent avec la silhouette du tyrannosaure de Demeter, qui se tenait plus loin dans le champ, et qui, plus flou, semblait moins menaçant.

Le fond de boîte est lui aussi illustré, de manière à prolonger l’image qui avait été mise dans celle de Demeter : le premier satellite est d’ailleurs visible, comme si on continuait plus loin l’exploration. L’intérieur du couvercle est également passé entre les mains de David Sitbon : la lune y est scannée, pour un premier repérage, et j’ai trouvé la représentation bienvenue car elle fait d’une certaine manière écho au sonar utilisé ensuite dans le jeu.

Le matériel se compose d’un bloc de 100 feuilles de jeu et de 75 petites cartes Action de bonne qualité. Si vous avez joué au premier volet, vous ne serez pas dépaysés, et vous pourrez même apprécier les petits clins d’œil à Demeter : le bas de chaque carte est en effet orné d’un stylo gribouillant une case, variation du crayon à papier visible dans le premier jeu. On retrouve aussi des tuiles dinosaures et des tuiles Objectif, et, nouveauté de Varuna, de jolies tuiles en forme de scaphandre, les jetons Découverte, qui apporteront de nouveaux bonus. Enfin, Sorry We Are French a à nouveau intégré un « plateau » pour disposer les objectifs : comme dans Demeter, je trouve que cette petite réglette était dispensable et je n’ai pas été convaincue par le choix de disposer autour de celle-ci à la fois les tuiles Objectif et les jetons Découverte car cela donne la trompeuse impression d’une correspondance entre les deux. En revanche, le plateau est conçu recto-verso et l’une de ses faces, dédiées au solo, fonctionne également comme rappel d’un des points de règles spécifique de ce mode, ce qui est plutôt une bonne idée.

Jetons pour finir un œil à la règle, fournie en français et en anglais, très fonctionnelle. Elle est agrémentée d’illustrations toujours appréciables mais aussi et surtout d’encarts avec des exemples qui aident à s’approprier les mécaniques du jeu.

La richesse des fonds marins

Au-delà de ces éléments, Varuna nous propose quelques surprises tout à fait sympathiques. En premier lieu, le studio continue à entretenir les liens entre les jeux de la gamme en offrant dans la boîte deux nouvelles tuiles Objectif utilisables dans Demeter. On les apprécie d’autant plus qu’il s’agit d’Objectifs liés aux cartes Action choisies, vraiment différents donc de ceux qui existaient dans la boîte.

En outre, pour Demeter, j’avais salué l’initiative de Sorry We Are French de mettre en ligne des bonus, tout en regrettant leur absence dans la boîte. J’ai donc été ravie de voir que les dernières pages du livret de règles étaient dédiées dans Varuna à ces à-côtés des plus plaisants. Une page comporte en effet le « bilan de mission » qui donne une échelle de scores au joueur solo pour se situer et voir dans quelle mesure sa partie a été réussie. Comme le jeu nous invite juste à battre notre propre score, sans nous opposer d’adversaire, ces repères sont stimulants car ils nous laissent entrevoir notre marge de progression. La page suivante nous lance un certain nombre de défis comme « gagner une partie en sélectionnant au moins 3 types de cartes exactement 3 fois » ou « gagner une partie et marquer au moins 28 PM en Diversité d’espèce ». La liste vient piquer notre curiosité et donne envie de se lancer dans une partie avec l’un d’eux en tête pour se donner toutes les chances de le cocher. D’aucuns diront que c’est un ajout anecdotique mais il contribue pour moi à la rejouabilité en nous invitant à explorer plusieurs pistes. En outre, j’aime ces petits plus dans lesquels l’équipe met clairement du sien en glissant des traits d’humour (qui vont de la référence à la série Friends, aux Pokémons ou encore au directeur de Sorry We Are French lui-même).

Enfin, je trouve que Varuna a gagné visuellement en clarté sur son aîné. J’ai notamment trouvé la prise en main de l’iconographie plus rapide dans cette nouvelle version. Évidemment, mon habitude de Demeter a pu m’y aider, mais de menus changements participent à cette familiarisation selon moi. Par exemple, les tuiles Objectif de Varuna ne comportent qu’un seul objectif là où celles de Demeter étaient double face pour éviter d’utiliser des objectifs qui s’opposaient (mais il fallait parfois se reporter à la règle pour bien distinguer les deux faces). Chaque action de Varuna a sa propre zone de jeu, bien distincte : le sous-marin se place sur les traits bleus pointillés, le sonar sur les zones rouges… alors que les scientifiques et les postes d’observation de Demeter partageaient le même encart. Les trajectoires de sous-marins permettent de plus de bien séparer les espèces de dinosaures. Enfin, dans Demeter, la zone liée aux actions violettes était collée à la ligne de scores, par nécessité mécanique, ce qui n’est plus le cas dans Varuna. L’ensemble a gagné en clarté et même si la feuille de scores reste impressionnante car fort remplie, elle est d’un abord plus facile.

Vingt milles lieues sous les mers

A la découverte des reptiles marins

Un court texte au début de la règle vous met dans l’ambiance : la première expédition sur Demeter 1 a été un succès et vous devez maintenant explorer Varuna, la seconde lune de Demeter. Dans celui-ci, Sorry We Are French accentue les liens entre les « flip and write » de Matthieu Verdier et l’univers de Ganymède puisque les personnages cités apparaissent dans l’extension « Moon ». Un petit clin d’œil sympathique ; on notera aussi le choix de mettre une femme à la tête de la mission, dans Demeter comme dans Varuna, dans un souci de représentativité… mais on passe rapidement sur ce contexte pour s’intéresser de près au sujet : les dinosaures !

Les dinosaures ? La règle précise tout de suite que ce terme désignera toutes les bestioles du jeu, par simplification, même si celui-ci est impropre. En effet, beaucoup de nos « dinosaures » sont en fait des « reptiles ». J’ai bien aimé cette remarque terminologique qui montre un souci plus important de justesse.

Force est de constater d’ailleurs que le thème des « dinosaures » a été approfondi depuis Demeter, même s’il s’agit parfois de détails. Les tuiles dinosaures ne se contentent plus de présenter la silhouette du spécimen étudié : sur celles-ci figurent désormais le nom scientifique du reptile (un bémol pour le « Dunkleosteus » qui perd l’un de ses « e » !), son envergure et son poids. Ces précisions n’ont aucun impact mécanique mais elles participent à l’immersion thématique, même si elles sont parfois approximatives d’un point de vue historique (notamment sur le poids des dinosaures, pour lequel les données varient beaucoup d’une source à l’autre) : toutefois, puisque ces espèces de dinos sont extra-terrestres, on s’accommode volontiers des libertés prises avec l’histoire naturelle.

Le passage d’une lune très similaire à la Terre à une planète presqu’entièrement recouverte d’océans a aussi permis de varier davantage les espèces de dinosaures. Ils sont majoritairement marins mais SWAF a quand même ajouté deux types de reptiles volants, le Dimorphodon et le Dsungaripterus, et un reptile semi-aquatique, le Spinosaure. En outre, elle a su jouer avec l’idée de plongeon progressif dans les profondeurs en disposant les espèces sur la feuille de scores plus ou moins en fonction de la profondeur à laquelle elles étaient sensées vivre : l’Ichthyosaure se nourrissait ainsi d’ammonites car il pouvait évoluer dans les fonds marins, mais, à la manière de nos dauphins, il pouvait aussi réaliser des bonds en surface, ce qui peut justifier sa présence vers le haut de la feuille. Sans revendiquer une rigueur scientifique, le jeu introduit ainsi quelques éléments crédibles pour faire vivre ses dinosaures.

Immersion en eaux troubles

Dans mon article sur Demeter, j’avais souligné les efforts de l’équipe pour associer la mécanique et le thème, par exemple dans la répartition de l’ADN en fonction du régime alimentaire des dinosaures, ou encore dans le nombre de postes d’observation corrélé à la dangerosité des espèces étudiées. Dans Varuna, je trouve qu’on perd un peu cette cohérence, au profit de l’équilibrage mécanique, en ce qui concerne les reptiles en eux-mêmes : j’ai plus eu l’impression que tout était construit autour de la descente dans les profondeurs, avec une montée en puissance des bonus en fonction de la difficulté à les débloquer.

Toutefois, paradoxalement, l’immersion est pour moi plus réussie dans Varuna que dans son prédécesseur, en raison de ce travail sur la plongée sous-marine justement. Car on croit totalement à celle-ci : la construction de la feuille nous oblige à commencer en haut pour descendre progressivement en utilisant l’action Sous-marin. La mécanique de déplacement est tout à fait convaincante car elle présente des conséquences logiques : évoluer sous l’eau vous permet d’observer plus de dinosaures, puisqu’au départ vous ne pourrez observer que ceux qui sont visibles en surface, les volants et les ichthyosaures qui bondissent dans les vagues ; elle permet aussi de découvrir au hasard de l’exploration de précieuses ressources, grâce à un système de bonus déblocables lorsque vous avez quadrillé une zone ; elle demande enfin cependant du temps et vous préférerez utiliser votre sonar pour faire des repérages à distance.

De la même manière, la piste « science » de Demeter cède sa place à un plan de votre sous-marin : les cartes violettes permettent d’améliorer des salles de celui-ci pour le rendre plus performant. La piste de science de Demeter était abstraite : on se déplaçait dessus pour obtenir des avantages et déverrouiller des objectifs mais son schéma ne racontait pas d’histoire. Ici, j’adhère à l’idée de travailler au perfectionnement de mes appareils dans la « salle des machines ».

Enfin, Varuna franchit un cap dans l’immersion grâce aux cartes de dégâts intégrées dans le jeu : observer des dinosaures n’est pas sans risque et il faudra parfois faire des choix entre maintenir votre direction et subir des avaries ou changer vos plans à la dernière minute pour éviter d’endommager votre appareil.

Je n’irai pas jusqu’à dire que la thématique domine dans Varuna ou qu’elle guide chacun des faits des joueurs, mais elle vient donner sens aux actions liées à l’exploration sous-marine, à défaut de nous faire vraiment ressentir les spécificités des dinosaures.

Un sous-marin de pointe

Mais au fait, comment on joue ? Cliquez pour découvrir la règle

Je vous invite à consulter la vidéo-règle du Renard Ludique qui présente la mécanique de manière concise et claire (en plus, ils disent « pattounes ») : c’est par ici :

Vidéo-règle

Ivresse des profondeurs

Varuna a hérité des qualités mécaniques de son aîné, Demeter, et que vous y ayez joué ou non, vous pourrez apprécier la montée en puissance qu’offre ce « flip and write ».

Vous n’aurez en effet que treize tours pour mener à bien votre expédition. A chacun de vos tours, sélectionner une des cinq cartes disponibles relève souvent du dilemme cornélien car on renonce à d’autres possibilités et la rapidité de la partie génère de la tension puisqu’on a très vite le sentiment de ne pas pouvoir tout faire et de devoir optimiser tous nos choix.

Or, cela pourrait s’avérer frustrant si le rythme était parfaitement linéaire, ce qui n’est pas tout à fait le cas dans Varuna. Vous jouerez effectivement très peu lors des premiers tours, vous contentant des deux actions proposées par la carte. Mais le jeu s’accélère grâce à une mécanique de renforcement des actions : autrement dit, plus vous choisissez un type de carte, plus l’action associée devient puissante car elle va à chaque fois s’appliquer une fois de plus. Par ailleurs, la feuille de scores regorge de bonus à débloquer, avec des effets de combos : en améliorant une salle de mon sous-marin, je peux obtenir par exemple un déplacement supplémentaire qui m’offrira une récompense de zone. Ces enchaînements sont grisants et viennent guider nos choix pour aller le plus loin possible dans nos découvertes, quitte à nous pousser aussi parfois à temporiser pour obtenir plus tard des réactions en cascade plus impressionnantes et plus efficaces.

Perfectionnement des technologies

C’était déjà excellent dans Demeter… cependant, cela l’est encore plus dans Varuna qui apporte des ajustements bienvenus qui viennent encore impacter le rythme de la partie.

Tout d’abord, alors que l’on pouvait tranquillement mener notre étude de dinosaures dans Demeter, les eaux de Varuna sont dangereuses ! Sur les 75 cartes du jeu, 11 sont des cartes de « dégâts » qui vont venir impacter votre submersible. Ignorer les avaries peut vous coûter cher car vous perdrez des points de victoire en fonction de l’état final de votre vaisseau : il vaut donc mieux les prévenir mais cela vous oblige à renoncer à des actions intéressantes. Pour cause, les dégâts vous frappent si vous laissez de côté les cartes sur lesquels ils figurent. On se retrouve donc parfois à sélectionner ces cartes, même si elles ne comportent qu’une seule action au lieu de deux, pour éviter d’endommager notre sous-marin. Cet ajout mécanique vient freiner notre progression et introduit une dose de prise de risques bien pensée : dois-je subir les dégâts maintenant pour obtenir cette action qui m’intéresse, même si cela m’expose plus tard à une situation plus difficile ? On peut aussi choisir de se protéger contre les dégâts, mais cela implique de consacrer des efforts dans ce domaine au lieu d’avancer dans d’autres. La présence de ces cartes délétères vient aussi donner tout son sens à l’écart qui est fait au début de partie : sur les quinze cartes de chaque couleur, deux sont mises de côté et ne seront pas jouées. Les dégâts potentiels varient ainsi d’une fois sur l’autre et l’incertitude sur ce que contiennent encore les pioches crée une insécurité jusqu’au bout.

D’autre part, Matthieu Verdier a revu la mécanique de validation des objectifs. Dans Demeter, vous deviez débloquer les objectifs au cours de la partie mais ceux-ci n’étaient comptés qu’à la fin. Varuna va augmenter la pression sur ceux-ci car les points seront cette fois comptés dès que l’objectif sera déverrouillé. On pourrait alors penser qu’il faut s’en occuper en toute fin de partie pour marquer le maximum de points d’objectifs, mais encore faudra-t-il pouvoir y prétendre à ce moment-là. En effet, lorsqu’un joueur valide un objectif, il le retourne sur son verso… qui corse les conditions d’obtention ! Cet aspect renforce l’interaction, qui restait très faible dans le premier opus saurien de Sorry We Are French, et invite à bien mesurer le bon moment pour atteindre l’objectif, en fonction de son jeu et de celui des autres.

Une exploration sans limites ?

J’avais un peu regretté dans la feuille de base de Demeter le côté scripté des parties, soulignant le caractère presqu’obligatoire de la piste de science ou le choix quasi-imposé des bâtiments s’ils étaient tirés rapidement. Varuna se distingue au contraire par la grande liberté offerte au joueur.

Tout semble possible sous l’océan. Oui, il est intéressant d’améliorer son sous-marin pour renforcer ses futures actions, obtenir des bonus ou se protéger des avaries. Oui, descendre très bas dans les profondeurs est profitable car c’est ainsi qu’on obtient les meilleurs gains. Oui, compléter rapidement les espèces les plus généreuses en points de victoire est une piste à envisager. Néanmoins, ce ne sont que des options et on peut l’emporter sans choisir aucune de ces voies. Les objectifs sont évidemment à considérer mais certains peuvent se contredire : gagner peut se faire sans tous les obtenir, en cherchant d’autres sources de points.

Dès le début de la partie, on vous pousse à tenter différentes stratégies puisque vous avez trois points de départ possible : si celui des Dimorphodons attire par sa position centrale et ses bonus rapides à débloquer, on envisage aussi celui des Dsungaripterus qui permet de rejoindre tout de suite le Mosasaurus. Le dernier point de départ possible nous fait commencer par les ichthyosaures, une avance intéressante car l’espèce est longue à terminer.  

A vous ensuite de voir comment évoluer, avec votre sous-marin ou en repérant les dinosaures au sonar, en vous concentrant sur certaines espèces ou en cherchant les jetons Découverte qui, en plus de vous offrir un bonus immédiat, valoriseront en fin de partie votre diversité.

Cette liberté donne toute sa profondeur à Varuna mais augmente aussi la difficulté. Il faut du temps pour prendre en main les mécaniques car si elles sont simples à comprendre, elles sont plus ardues à combiner efficacement entre elles. J’ai beaucoup joué en solo et ai stagné longtemps dans les cinquante points, synonyme d’une performance médiocre, avant de décoller. Ces semi-échecs m’ont personnellement donné envie de prendre ma revanche sur le jeu pour l’apprivoiser mais qu’on se le dise, Varuna ne s’adresse pas à tout le monde. Si vous aimez sentir la maîtrise d’un jeu après deux ou trois parties, il vaudra mieux passer votre chemin.

Seul à bord

Ma configuration préférée pour jouer à Varuna reste, comme à Demeter, le solo. Les combos rendent le jeu des autres trop difficile à suivre à mon sens tant on est absorbé par notre petit casse-tête personnel. L’augmentation de l’interaction renforce toutefois nettement l’intérêt du multi-joueurs.

En solo, l’expérience de Varuna reste très proche de celle du jeu en collectivité : pour ce mode, l’équipe a ajouté le bilan de mission et la règle qui consiste à diminuer d’un point toutes les tuiles d’espèces découvertes. Cependant, elle a aussi intelligemment adapté la règle de validation des objectifs : comme il n’y a pas d’adversaire pour les débloquer avant vous, vous devrez retourner les tuiles Objectif sur leur côté difficile si vous ne les avez pas atteints avant les quatre derniers tours. L’objectif A se retourne ainsi au tour 10, le B au 11, etc. Toutes les données sont connues dès le début et j’ai particulièrement apprécié cette modification car elle impose une nouvelle planification des actions.

Conclusion

Les reptiles aquatiques de la préhistoire étaient sans doute bien plus gros et impressionnants que leurs compères terrestres. De la même manière, Varuna est pour moi une version boostée de Demeter. L’opus marin rehausse encore la difficulté, déjà bien présente dans le jeu de base de Matthieu Verdier, tout en corrigeant les petits défauts de son aîné. Un peu plus interactif – même si je le préfère toujours en solo –, plus complet, il est surtout beaucoup plus libre et ne donne pas ce sentiment de rejouabilité fragile que j’avais eu après une vingtaine de parties de Demeter. Tout semble possible, ce qui en déroutera sans doute plus d’un et corse encore la prise en main du jeu, mais le défi est stimulant et j’ai aimé sentir le jeu me résister pendant plusieurs parties. La frustration est belle et on enchaîne les expéditions sur Varuna pour tenter de nouvelles stratégies. A vous de choisir – ou non, d’ailleurs, on peut varier les plaisirs – entre la plus grande accessibilité de Demeter et la profondeur de Varuna !

En dehors de la boîte : Mystères des abysses

« Homme libre, toujours tu chériras la mer », disait Baudelaire.

La mer fascine les Hommes, tout autant qu’elle les terrifie. Il y a 3,8 milliards d’années, c’est en elle que la vie apparaissait pour la première fois et nous gardons encore des traces de ce passé aquatique : l’embryon se développe dans un liquide amniotique à la composition étonnamment proche de celle de l’eau de mer, et ressemble dans ses premières semaines à un poisson… Pourtant, une fois nés, les mondes marins nous deviennent inaccessibles, paradis perdus dont nous aurions été chassés et vers lesquels on tente de revenir.

L’océan attire justement parce qu’il nous est inconnu : il est mystère pour l’Homme qui ne peut pénétrer sous la surface et l’explorer à sa guise, et ce mystère est synonyme de promesses. La vie qu’elle contient en fait une matrice féconde qu’on veut maîtriser pour sa richesse. Mais elle semble aussi indomptable, capricieuse et terrible dans sa puissance. Dès -120 000, on a pu observer des traces de navigation, signes de la volonté de l’Homme de repousser les frontières terrestres mais aussi celles de sa propre condition. Voguer sur les mers, c’est d’une certaine manière braver le destin : les auteurs antiques comme Ovide et Sénèque y voyaient là une transgression originelle, responsable de la perte irréversible de l’âge d’or et de l’entente entre les dieux et les Hommes, ceux-ci n’écoutant que leur ambition et leur orgueil démesuré, l’hybris.

Néanmoins, la navigation ne nous a pas offert la connaissance des profondeurs et même si les inventions humaines nous ont permis d’aller toujours plus loin sous l’eau, on connaît actuellement mieux la surface de certaines planètes que celle de nos propres océans. Aujourd’hui, on estime que 10% seulement des fonds marins en dessous des 200 mètres sont cartographiés. La mer garde ses mystères, nourrissant depuis toujours les fantasmes et les craintes comme en témoigne l’abondant bestiaire fantastique aquatique : krakens, sirènes et divers serpents de mer, tirés des récits de marins et de la littérature. Alors que nous ne connaissons peut-être que 10% de la faune marine, nous tentons parfois de définir l’origine de ces mythes, le calmar géant ayant peut-être par exemple inspiré les représentations de krakens. Une discipline pseudo-scientifique s’attache même à trouver des preuves de l’existence des monstres de nos histoires : la cryptozoologie !

Lentement, la mer révèle quelques-uns de ses secrets et les découvertes faites viennent remettre en cause nos connaissances sur la vie elle-même : en 1977, on trouve par 2630 mètres de fond des termitières géantes et fumantes. Autour de ces oasis hydrothermales évoluent des formes de vie hors du commun, inédites, presqu’extraterrestres, car elles n’ont pas besoin du soleil pour exister. Dans les mondes d’en dessous, la photosynthèse est remplacée par la chimiosynthèse !

On voudrait en savoir plus, mais la recherche scientifique se heurte aussi aux changements de notre monde et notamment au réchauffement climatique. Pour plonger encore plus profond dans les abysses, il convient tout d’abord de les préserver et les programmes de recherche actuels vont dans ce sens. Le programme « Deeplife 2021-2030 », mené par Under the Pole, est ainsi axé tout autant sur les observations des forêts marines à fort risque face au changement climatique afin de trouver des outils pour atténuer ses effets, que sur la sensibilisation du public à la fragilité du monde marin.

« Homme libre, toujours tu chériras la mer » : il serait en effet de bon ton de s’en souvenir si nous voulons un jour percer les mystères de l’océan…

Sources et sites consultés pour cet article (clic !)


Site de l’éditeur Sorry We Are French : https://www.sorryweare.fr/fr/
Carnet d’éditeur de Varuna : https://www.sorryweare.fr/fr/varuna-carnet-editeur/
Page de Varuna sur le site de Gigamic : https://www.gigamic.com/jeu/varuna

Pour le « En dehors de la boîte » :
Excellente série de documentaires de Balade Mentale et Léa Bello : https://www.youtube.com/playlist?list=PL2DG92SmasJZH31T8KHs3qHyactmxOe67
Article, « la mer, vecteur de l’imaginaire » : https://www.cairn.info/revue-internationale-et-strategique-2014-3-page-159.htm
Article sur les monstres marins : https://www.nationalgeographic.fr/histoire/ces-monstres-marins-ont-inspire-ecrivains-scenaristes-et-chercheurs-a-travers-les-ages
Page Wikipedia sur la cryptozoologie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cryptozoologie

Je fais partie des programmes d’affiliation de Ludum et de Philibert. Si vous n’avez pas de boutique ludique près de chez vous et que vous souhaitez commander sur l’un de ces sites tout en soutenant le blog, vous pouvez cliquer sur ces images pour y accéder :

2 réflexions au sujet de « Varuna, sous l’Océan : la vie est super, mieux qu’sur Demeter, je te le dis… »

  1. Voici une critique qui me donne envie d’ouvrir urgemment ma boîte de Varuna et d’y jouer à mon tour ! Mais je n’ai pas encore fini d’explorer Demeter et ses feuilles de score alternatives. Alors…

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